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Discours de SM le Roi à l'occasion du 56è anniversaire
de la Révolution du Roi et du Peuple
20/08/09
Tétouan-21/08/09-SM le Roi Mohammed VI a adressé, jeudi soir, un important
discours à la Nation, à l'occasion du 56è anniversaire de la Révolution du
Roi et du Peuple.
Voici le texte intégral du discours royal:
"Louange à Dieu. Prière et salut sur le Prophète, Sa famille et Ses
Compagnons. Cher peuple,.
La révolution du Roi et du peuple avait essentiellement pour objet, le
recouvrement de l'indépendance du Maroc et l'édification de l'Etat des
institutions, fort de la suprématie de la loi et de l'équité de sa
justice.
Poursuivant le grand combat engagé pour concrétiser cet ultime dessein,
Nous avons jugé opportun de consacrer Notre discours commémoratif du 56ème
anniversaire de cette Révolution, à l'amorce de la réforme globale et
profonde de la justice, de manière à renforcer les chantiers que Nous
conduisons pour que Notre pays entre de plain-pied dans la modernité
institutionnelle et réalise ses objectifs de développement.
Depuis que Nous est échue la charge d'assurer la conduite de la nation,
Nous avons placé au cœur de Nos préoccupations, la réforme de la justice,
une réforme qui procède d'une vision innovante, en rupture avec les
accumulations négatives issues des approches unilatérales et partielles.
Aussi, et loin de toute démarche unilatérale, avons-Nous retenu, en la
matière, la démarche consultative, participative et inclusive que Nous
avions judicieusement suivie pour traiter les grandes questions
nationales.
Au lieu de quelques mesures étriquées, Nous avons décidé de mettre au
point une réforme substantielle qui ne se limite pas au seul secteur
judiciaire, mais qui, par sa consistance et sa globalité, englobe
l'ensemble du système de la justice.
A cet égard, Nous tenons à rendre hommage à toutes les institutions,
instances et autres acteurs qualifiés qui ont réagi positivement et
sincèrement à Notre appel en faveur de consultations élargies, lesquelles
ont débouché sur des idées pertinentes, dont Nous nous félicitons
également.
Ayant à cœur de continuer sur cette voie, avec la même démarche
constructive, Nous comptons mettre en place une instance consultative,
pluraliste et représentative, permettant à la justice de s'ouvrir sur son
environnement. Il s'agit d'un cadre institutionnel de réflexion et
d'échange de savoir-faire, sur les questions ayant trait à la justice, et
ce, dans le respect des prérogatives des institutions constitutionnelles,
de l'indépendance du pouvoir judiciaire et des attributions des autorités
publiques.
La justice représente, à Nos yeux, la clef de voûte pour la concrétisation
d'un principe auquel Nous sommes particulièrement attaché, à savoir
l'égalité des citoyens devant la loi. Elle constitue le recours et le gage
de l'équité, comme facteur de consolidation de la stabilité sociale. Mieux
encore, la légitimité même de l'Etat et l'inviolabilité de ses
institutions puisent leur force dans celle de la justice qui constitue le
fondement même du pouvoir.
Aussi avons-Nous décidé de donner une nouvelle et forte impulsion à la
réforme de la justice, suivant une feuille de route claire dans son
référentiel, ambitieuse dans ses objectifs, précise dans ses priorités et
rigoureuse dans ses mécanismes d'application.
Viennent, en tête de ce référentiel, les constantes de la Nation selon
lesquelles la justice est du ressort de la Commanderie des Croyants, et le
Roi est le Garant de l'indépendance du pouvoir judiciaire.
A cet égard, il importe également de prendre en considération les
différentes propositions et recommandations nationales pertinentes, ainsi
que les conclusions constructives dégagées du projet du ministère de la
justice et des larges consultations initiées par lui. Il en est de même
des engagements internationaux souscrits par le Royaume.
Quant aux objectifs visés par cette réforme, il s'agit de consolider la
confiance dans une justice efficiente et équitable et d'en conforter la
crédibilité, tant il est vrai qu'elle constitue un rempart inexpugnable
pour la défense de l'Etat de droit, un fondement essentiel de la sécurité
judiciaire et de la bonne gouvernance et un facteur d'impulsion du
développement.
L'on doit également veiller à assurer la mise à niveau de ce secteur pour
lui permettre d'être au diapason des mutations qui s'opèrent à l'échelle
nationale et internationale et de répondre aux exigences de la justice du
vingt-et-unième siècle.
Afin de donner corps à ces grands desseins, Nous appelons le gouvernement
à élaborer le plan d'une réforme globale et profonde de la justice, un
plan intégré et précis, propre à refléter la profondeur stratégique de la
réforme.
Ce plan devrait se décliner en six axes majeurs, en l'occurrence :.
- La consolidation des garanties de l'indépendance de la justice,.
- La modernisation de son cadre normatif,.
- La mise à niveau de ses structures et de ses ressources humaines,.
- L'amélioration de l'efficience judiciaire,.
- L'ancrage des règles de moralisation de la justice,.
- La mise en œuvre optimale de la réforme.
Cher peuple,.
Quelle que soit la pertinence des objectifs stratégiques tracés, dont la
réalisation s'étale sur le long terme, cela ne devrait pas occulter pour
nous le besoin pressant des citoyens de sentir de près, et à brève
échéance, l'impact positif direct de la réforme.
A cet effet, Nous donnons Nos Hautes Directives au gouvernement, notamment
au ministère de la justice, pour amorcer la mise en œuvre de cette réforme
dans six domaines d'action prioritaires.
Premièrement : La consolidation des garanties de l'indépendance de la
Justice, en assurant au Conseil supérieur de la Magistrature un statut
digne de son rang en tant qu'institution constitutionnelle à part entière.
Il importe, à cet égard, de lui conférer de manière exclusive les
attributions nécessaires à la gestion de la carrière des magistrats.
Il s'agit également de revoir le mode d'élection de ses membres pour
garantir qu'ils satisfont aux critères de compétence et d'intégrité
requises.
Il faudrait aussi y introduire une représentation féminine reflétant
adéquatement la place de la femme magistrat dans notre système judiciaire.
Par ailleurs, le fonctionnement du Conseil devrait faire l'objet d'une
plus grande rationalisation.
Dans le même cadre de consolidation de l'indépendance de la justice, il
convient de procéder à la révision du Statut de la Magistrature dans le
sens d'une professionnalisation et d'une responsabilisation accrues et
pour une impartialité plus élevée et une meilleure dynamique de promotion
professionnelle.
Cette action doit être menée en relation avec l'élaboration d'un Statut du
Greffe et la révision du cadre juridique régissant les différentes
professions judiciaires.
Deuxièmement : La modernisation du cadre normatif, notamment pour ce qui
se rattache aux affaires et aux investissements, ainsi que la garantie des
conditions du procès équitable.
Il est, donc, nécessaire d'adopter une nouvelle politique pénale fondée
sur la révision et l'adéquation du Code pénal et du Code de procédure
pénale.
En outre, et afin de mettre ces deux codes et leurs différents dispositifs
au diapason des évolutions en cours, il importe notamment de procéder la
création d'un Observatoire national de la criminalité, et ce, en synergie
avec la poursuite du processus de mise à niveau des établissements
pénitentiaires et de réforme.
Parallèlement, il convient de développer des modes alternatifs de
règlement des différends comme la médiation, l'arbitrage et la
conciliation, d'appliquer les peines de substitution et de revoir la
justice de proximité.
Troisièmement : La mise à niveau des structures judiciaires et
administratives : Il s'agit, à cet égard, d'adopter une nouvelle
gouvernance de l'administration centrale du ministère de la justice et des
tribunaux, sur la base du principe de la déconcentration qui devrait
permettre aux responsables judiciaires de disposer des compétences
nécessaires à l'exercice de leurs fonctions, y compris le recours à
l'inspection périodique et à l'inspection spéciale avec fermeté et
impartialité. Il importe aussi d'adopter une carte et une organisation
judiciaires rationalisées, répondant aux exigences de la réforme.
Quatrièmement : La mise à niveau des ressources humaines, aux plans
formation, performance et évaluation. Il faudrait également veiller à la
revalorisation de la situation matérielle des magistrats et du personnel
de la justice et attacher au volet social toute l'importance requise,
notamment par la mise en place de la Fondation Mohammedia des œuvres
sociales des magistrats et des fonctionnaires de la Justice. Ainsi sera
illustrée de nouveau la bienveillante et constante sollicitude que Nous
réservons à la famille de la justice.
Cinquièmement : L'amélioration de l'efficience judiciaire par la lutte
contre les précarités, lenteurs et autres complexités qui handicapent le
système judiciaire, et portent préjudice aux justiciables.
Pour cela, il est nécessaire de simplifier les procédures et d'en garantir
la transparence, d'améliorer la qualité des jugements et des prestations
judiciaires et de faciliter l'accès des justiciables aux différentes
juridictions du pays. Il importe aussi d'assurer une diligence accrue dans
le traitement des dossiers et une plus grande célérité dans l'exécution
des décisions de justice.
Sixièmement : La moralisation de la justice pour la prémunir contre les
tentations de corruption et d'abus de pouvoir et lui permettre, à son
tour, de contribuer, par les moyens juridiques, à la moralisation de la
vie publique.
Cher peuple,.
Pour juger de la pertinence réelle de cette réforme substantielle, il
faudra, non seulement en évaluer la teneur, mais juger également de la
capacité à en assurer une mise en œuvre optimale et un pilotage efficient.
Ce travail doit être mené à deux niveaux.
Au niveau central, Nous réaffirmons que la mise en œuvre et le pilotage de
cette réforme incombent au gouvernement, notamment le ministère de la
justice. Cette responsabilité doit être assumée selon des programmes
précis dans leurs objectifs, leur calendrier et leurs moyens d'exécution,
de suivi et d'évaluation.
Au niveau des tribunaux, le succès de la réforme demeure tributaire de la
mise en œuvre du principe de la déconcentration et de la disponibilité des
compétences nécessaires à cet effet. Aussi, appelons-Nous le Conseil
supérieur de la Magistrature à tenir une session spéciale pour proposer
des responsables judiciaires aptes à prendre en charge, à l'échelle des
tribunaux, la mise en œuvre pratique de cette réforme décisive.
C'est un chantier ardu et de longue haleine, qui exige une mobilisation
générale, non seulement au sein de la famille de la justice et de la
magistrature, mais aussi parmi les institutions et les forces vives du
pays, voire tous les citoyens.
Nous sommes profondément convaincu que la réforme substantielle de la
justice est la pierre angulaire sur laquelle reposent la consolidation de
la démocratie et l'ancrage des valeurs citoyennes chez les jeunes et les
générations montantes dans notre pays.
Aussi, nous attendons-Nous à ce que chacun, animé de l'esprit pérenne de
la Révolution du Roi et du Peuple, adhère pleinement à l'effort engagé
pour gagner ce pari vital et s'associe à la marche que Nous conduisons
afin de doter le Maroc d'une justice globale et forte de ses composantes
judiciaire, spatiale et sociale.
Nous demeurerons ainsi fidèles à la mémoire indélébile de Nos vénérés
Grand-père et Père, feu Leurs Majestés les Rois Mohammed V et Hassan II,
ainsi que des martyrs de la lutte pour la libération et l'unité du pays,
que Dieu ait leurs âmes.
"Dieu vous prescrit de restituer les dépôts à leurs propriétaires et de
vous montrer équitables quand vous êtes appelés à juger vos semblables.
C'est là une noble mission que Dieu vous exhorte à remplir. Dieu entend
tout, voit tout. " Véridique est la parole de Dieu.
Wassalamou alaikoum warahmatoullahi wabarakatouh. "
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