| |
Discours
de S.M. le Roi Mohammed VI
lors de louverture de la session dautomne
de la
troisième année législative
(Vendredi 08 octobre1999)
"Louange à Dieu,
que la prière et le salut soient sur le Prophète,
Sa famille et Ses compagnons
Mesdames et Messieurs, Honorables Membres de la
Chambre des Représentants et de la Chambre des
Conseillers,
Que la paix, la bénédiction et la miséricorde de Dieu
soient sur vous,
Nous voudrions, au début de notre discours, vous
exprimer, et à travers vous, à notre cher peuple,
l'immense joie que nous ressentons en présidant
l'ouverture de cette session de la nouvelle année
législative, la première que tient le parlement depuis
la disparition de notre vénéré père, Feu Sa Majesté
le Roi Hassan II, que Dieu l'ait en sa sainte
miséricorde.
Persévérant sur la voie qu'il a tracée, que Dieu
bénisse Son âme, pour la consolidation de la
démocratie et avec la même sollicitude dont il
entourait cette honorable institution, nous accordons une
extrême importance à la mission qui vous incombe en
tant que représentants des citoyens dont vous servez les
intérêts et exprimez les aspirations.
Nous voudrions réaffirmer, pour notre part, les espoirs
que nous fondons sur cette institution afin qu'elle
assume pleinement son rôle, tant dans le domaine
législatif qu'en matière de contrôle de l'action du
gouvernement selon les mécanismes dont elle dispose,
partant de notre ferme conviction que le fondement de la
démocratie repose sur la séparation des pouvoirs et
l'instauration d'un équilibre entre eux.
Les évolutions qu'a connues notre pays dans tous les
domaines vous inciteront sans nul doute à procéder à
une évaluation de votre méthode de travail et à
oeuvrer à l'adaptation des outils et des textes
juridiques afin qu'ils répondent aux développements
intervenus aux plans social et économique.
Mieux encore, nous aspirons à ce que les outils
juridiques constituent un levier de l'action sociale et
un instrument favorisant le décollage économique, au
lieu d'être en déphasage par rapport à l'évolution
économique et sociale.
Il est incontestable que la responsabilité est partagée
entre le gouvernement et le parlement en ce qui concerne
l'actualisation des textes et leur adéquation avec les
innovations.
Deux ans après le début de l'actuelle expérience
parlementaire et dans le sillage des orientations
tracées par notre vénéré père, que Dieu ait Son
âme, nous attendons des deux chambres quelles procèdent
à la révision de leurs règlements intérieurs en
instaurant une coordination entre elles à travers la
formation de commissions mixtes, tant nous considérons
qu'elles ne constituent pas deux parlements distincts,
mais deux chambres d'un seul et même parlement au sein
duquel il importe d'oeuvrer pour rationaliser les débats
et rehausser leur niveau, éviter la redondance et gérer
au mieux le temps qui leur est imparti tant au niveau des
commissions que des séances plénières, l'objectif
étant d'élever le niveau de la pratique parlementaire
et d'accomplir davantage de réalisations.
Mesdames et Messieurs les
membres du parlement,
Le processus de modernisation auquel nous aspirons nous
dicte d'entamer l'identification des questions touchant
à notre réalité et aux problèmes actuels, et de se
pencher sur leur examen avec le sérieux et la
détermination requis en vue de leur trouver les
solutions adéquates.
Nous voudrions à cet égard attirer l'attention sur deux
questions pressantes auxquelles nous accordons un vif
intérêt et qui constituent une source de préoccupation
majeure pour l'opinion publique nationale :
La première question concerne l'enseignement, en dépit
de notre riche et ancestral patrimoine et des traditions
séculaires et enracinées que nous avons dans ce
domaine, et malgré les efforts ininterrompus déployés
tout au long de quatre décennies en vue de permettre à
notre enseignement d'accompagner l'étape du recouvrement
de l'indépendance et les exigences de son édification,
nous constatons en fait qu'il souffre d'une crise
chronique, laquelle avait amené notre vénéré père,
que Dieu bénisse Son âme, à designer une commission
royale spéciale au sein de laquelle sont représentées
toutes les formations et potentialités afin d'élaborer
un projet de charte nationale pour l'éducation et la
formation.
Le Très-Haut a voulu que cette commission achève ses
travaux sans que notre regretté père, que Dieu l'ait en
sa sainte miséricorde, ait pu prendre connaissance de
ses résultats.
Nous saisissons cette occasion pour rendre hommage à
l'action de cette commission et aux efforts de l'ensemble
de ses membres.
Nous avons été informé de ses résultats et avons
constaté qu'il sont conformes à la vision qui est la
notre d'un enseignement intégré dans son environnement,
ouvert sur son époque, sans reniement de nos valeurs
religieuses sacrées, des fondements de notre
civilisation, ni de notre identité marocaine dans toutes
ses composantes.
Notre objectif est de former un bon citoyen capable
d'acquérir les connaissances et les compétences tout en
étant profondément attaché à son identité et fier de
son appartenance, conscient de ses droits et de ses
devoirs, appréhendant parfaitement le fait local, ses
obligations civiques et ses engagements vis-à-vis de
lui-même, de sa famille et de sa communauté, disposé
à servir sa patrie avec loyauté, dévouement,
abnégation et sacrifice, à compter sur lui-même et à
faire preuve d'esprit d'initiative avec confiance,
courage, foi et optimisme.
Nous voulons que nos établissements d'enseignement et
d'éducation soient efficients et en parfaite symbiose
avec leur environnement, ce qui implique la nécessité
de généraliser la scolarisation, d'en faciliter
l'accès à toutes les couches, particulièrement celles
démunies ou se trouvant dans les régions éloignées
qui doivent bénéficier d'un traitement préférentiel,
et d'accorder un intérêt particulier aux cadres de
l'enseignement auxquels nous vouons bienveillance et
considération et qui ont tant besoin d'attention et de
reconnaissance.
Partant de notre souci de permettre à toutes les couches
d'accéder à l'enseignement et à l'éducation, nous
avons tenu à ce qu'il demeure gratuit au niveau de
l'enseignement fondamental.
La contribution des couches à revenus élevés
n'interviendra au niveau de l'enseignement secondaire que
cinq ans après que la réussite de cette expérience
aura été avérée, avec exonération totale des
familles à revenus limités.
S'agissant de l'enseignement supérieur, les frais
d'inscription ne seront exigibles qu'après trois ans
d'application du projet, avec l'octroi de bourses aux
étudiants méritants démunis.
Il est tout aussi nécessaire que soient reconsidérées
les méthodes de gestion pour rationaliser les dépenses
du secteur de l'enseignement. Le devoir nous dicte en
effet de faire preuve de fermeté en matière de gestion
des deniers publics pour les préserver de toute
malversation.
Nous ne pouvons réaliser ces objectifs que si nous
veillons à une rationalisation de l'exploitation des
ressources matérielles, à leur gestion judicieuse, à
optimiser les compétences et les expertises et à mettre
à contribution toutes les parties concernées, tels les
collectivités locales, le secteur privé, les
établissements productifs, les associations et
organisations et l'ensemble des opérateurs économiques
et sociaux, sans perdre de vue le rôle dévolu aux
parents et la responsabilité qui incombe aux familles
qui se doivent d'apporter leur contribution à travers le
contrôle et le suivi pour atteindre le niveau escompté.
Nous attirons également l'attention sur l'intérêt qui
doit être accordé à l'éducation informelle et à la
mobilisation nationale qu'exigent les efforts visant à
lutter contre l'analphabétisme et sa propagation et à
en éliminer les séquelles, en particulier dans les
villages et les campagnes, dans le but d'endiguer ce
phénomène qui entrave le processus de développement.
Eu égard à l'orientation positive imprimée à ce
projet de charte qui répond concrètement aux
impératifs de la réforme à laquelle nous aspirons
tous, et partant de notre souci de concrétiser ses
conclusions et ses résultats dans un cadre procédural
respectant les termes de la constitution et les
dispositions législatives, nous avons décidé de la
soumettre au parlement pour l'élaboration de projets de
loi qui garantissent les conditions de sa mise en oeuvre,
étant entendu que celle-ci doit intervenir, par la
grâce de Dieu, dès l'année prochaine de façon
progressive. La commission demeurera en place pour
assurer le suivi de l'opération de mise en oeuvre,
l'évaluation des résultats et l'enrichissement de la
charte pour qu'elle soit au diapason de l'évolution et
du progrès.
Mesdames et Messieurs,
La deuxième question à laquelle nous accordons un grand
intérêt concerne les problèmes de l'emploi et du
chômage.
Nous sommes peiné devant cette situation qui affecte nos
jeunes, aussi bien ceux qui ont reçu une instruction,
que ceux qui ne l'ont pas reçue. Il nous appartient, au
vu de cette situation, d'engager la réflexion avec
toutes les parties concernées en vue de traiter ce
problème selon de nouvelles approches, comme il convient
de prendre des mesures concrètes pour assurer
l'adéquation entre les filières d'étude et les
réalités de l'emploi, et veiller à ce qu'un lien soit
établi entre les établissements et les programmes,
d'une part, et l'environnement économique, d'autre part.
L'embauche ne doit pas être du seul ressort de la
fonction publique. Notre jeunesse doit investir le
secteur privé sans le moindre complexe vis-à-vis de
notre système d'enseignement dont nous avons l'honneur
de figurer parmi les lauréats.
Les développements qui interviennent à un rythme
accéléré exigent un recyclage des cadres et des
travailleurs, et à plus forte raison, des candidats à
l'emploi, pour qu'ils puissent suivre l'évolution.
Nous exhortons donc nos jeunes à retrouver confiance en
eux-mêmes et à faire preuve d'esprit d'initiative et de
créativité.
Mesdames et Messieurs,
En traitant la question de l'enseignement de manière à
permettre, par la grâce de Dieu, aux jeunes
générations d'accompagner les innovations de la
révolution technologique permanente, de s'y adapter et
d'y contribuer, nous insistons - en ce qui concerne les
aspects économiques et sociaux qui, s'ils sont traités,
sont de nature à contribuer à résorber le chômage et
à créer des opportunités d'emploi - sur la nécessité
de rationaliser la politique financière et d'assurer une
gestion judicieuse des dépenses, tout en incitant au
paiement des impôts et à honorer toutes les échéances
obligatoires.
Notre royaume a connu des réformes qui ont eu des
répercussions tangibles sur la situation économique,
mais notre ambition est d'élargir encore plus les
perspectives de la croissance, à travers la promotion
des petites et moyennes entreprises et l'impulsion de
l'investissement public et privé, national et étranger,
tout en encourageant le secteur privé à être plus
entreprenant, car nous considérons cette promotion et
cette impulsion comme des facteurs de régulation d'un
élan économique et social favorisant l'accès au
travail et la création de postes d'emploi correspondant
à tous les niveaux de formation et de qualification et
permettant, en conséquence, d'avancer sur la voie du
développement et du progrès.
Nous constatons toutefois l'existence de nombreuses
entraves tant au niveau des lois, des procédures
administratives, que des comportements et des
dysfonctionnements affectant la coordination entre les
administrations.
Nous ne saurons atteindre les résultats escomptés si
nous ne parvenons pas à dépasser certains handicaps qui
entravent l'investissement et dont l'élimination est
tributaire de l'accélération du rythme de
fonctionnement de l'administration, de la lutte contre la
lenteur et la routine administratives, de la
simplification des procédures, de la coordination entre
les centres de décision et du rétablissement de la
confiance quant à la qualité des textes de loi et à
leur saine application.
Comment pourrons-nous surmonter ces entraves et être au
diapason de notre époque si notre administration
persiste dans sa léthargie et si les grandes
orientations demeurent lettre morte ?
Comment pourrons-nous suivre les évolutions si aucun
progrès n'est réalisé au niveau de l'exécution ?
Notre vénéré père, que Dieu l'ait en sa sainte
miséricorde, avait adressé, le 21 juin 1989, au Premier
ministre de l'époque, un message dans lequel il avait
appelé à la simplification des procédures
administratives pour les investisseurs, de manière à ce
que l'administration soit tenue de statuer sur leurs
dossiers dans un délai de deux mois. Si le dossier n'est
pas retenu, elle doit motiver son refus avant
l'expiration du délai. Dans le cas où elle ne se
prononce pas, le dossier est considéré comme agrée.
Il est clair que notre économie pâtit de pratiques
incompatibles avec l'orientation que nous voulons
imprimer à notre action.
Dans le cadre des réformes fondamentales au moyen
desquelles nous sommes déterminé à faire face au
phénomène du chômage, nous avons décidé de créer le
Fonds Hassan II pour le développement et l'équipement
en vue d'affecter les recettes de la deuxième licence
GSM à la réalisation de certains projets générateurs
d'emplois multiples et diversifiés et revêtant un
caractère prioritaire tels la promotion du monde rural,
la construction de l'habitat décent, la lutte contre les
bidonvilles, le parachèvement de l'irrigation d'un
million d'hectares, la construction des autoroutes, de
sites touristiques et d'infrastructures culturelles et
sportives.
Notre vénéré père, que Dieu l'entoure de son infinie
miséricorde, avait annoncé dans son dernier discours,
le 8 juillet dernier, une bonne nouvelle, à savoir que
ces investissements donneront une impulsion
exceptionnelle à l'activité financière et
technologique permettant au Maroc de réaliser un bond
qualitatif en matière de développement.
Etant donné l'importance que Nous accordons à ces
projets, Nous avons décidé la création d'un comité de
direction placé sous Notre responsabilité et comprenant
des représentants de notre gouvernement et des
administrations publiques et de personnalités
compétentes du secteur privé.
Voici donc, Mesdames et Messieurs, quelques canevas que
Nous vous présentons comme cadre de travail. Nous
attendons de vous de les traduire en textes de loi et en
mesures concrètes.
Puisse Dieu vous assister, guider vos pas et vous
accorder soutien pour vous acquitter de la
responsabilité dont vous êtes investis.
"Seigneur, accorde-nous de ta part une
miséricorde et donne-nous rectitude en notre
conduite" (Coran).
Que la paix, la bénédiction et la miséricorde de Dieu
soient sur vous".
|
|